HFT POPB 2011

Il est un mystère Thiéfaine. Et qui en appelle aux mystères n'est jamais loin du miracle... Voici que, sous les pelouses acrobatiques du Palais Omnisport de Paris-Bercy, 12 peut-être 15 000 aficionados se pressent pour écouter des mots-mélodies. Vous entendez bien... En pleine arène, là où se côtoient d''habitude stars du rock anglo-saxon et sportifs drogués (et réciproquement), un albatros que le quotidien empêtre, un voyageur dans les labyrinthes de ses inconscients, évoque soudain le très méconnu Aloysius Bertrand... Et la salle, un public de tous les âges où dominent les plus de 30 ans, applaudit, chante... Elle est pas belle l'exception culturelle du Jura Singer?

Après une première partie qui a bien assuré (Archimède), l'homme entre en scène, chamane dégingandé, roll and rock. En bandoulière jouissante, une bordée de mots-poèmes tous plus forts que la mort-Alligator, aussi chiadés que les cris de la gratte électrique de l'Alice, soliste au déBotté.

Les ingénieurs du son sont parvenus à trouver le difficile équilibre entre les paroles, dont chacun veut savourer les subtilités, et l'énergie du band composé d'excellents musiciens (outre Botté, Jean-Philippe Fanfant, à la batterie, Marc Périer, à la basse, Christopher Board, aux claviers et à la guitare; en somme des briscards qui ont joué avec tout le Gotha de la scène francophone). Dommage en revanche pour le chef d'orchestre et ses cordes - surprise classique très classieuse... - qu'on aurait aimé entendre mieux sinon davantage.

Thiéfaine, l'anti-people, accueille JP Nataf sur la scène de Bercy. Un peu JP. Top, traduction française des ZZ homonymes question look. Nataf est à l'origine du brûlant Confessions d'un never been - sur le précédent album - et deGarbo XW machine sur le dernier en date. Thiéfaine tient là un compositeur décidément en phase avec son univers scriptural. Autre moment de partage, tendre, voici le fiston Lucas pour une leçon de Mathématiques souterrainesavec son HFT de père.

Tout est bien ficelé, de la scénographie aux arrangements; "trop", ai-je entendu, dans la bouche de certains fidèles déjà présents lors du premier Bercy du maître (en 1998). Je n'y étais pas. Sans doute le chanteur a-t-il depuis mis de l'ordre dans sa vie, avec plus d'hygiène et moins d'haschashin...Mais, à l'évidence, la précision du chant y a gagné, comme la chaleur du timbre de la voix... hypnotique.

Au terme de 2 heures de set, l'homo plebis...quitte la scène. En coulisse, sous un peignoir-Balboa, il ressemble à un boxeur groggy par l'amour de fans qui, pour beaucoup d'entre eux, le suivent depuis des années, de tournées en tournées. Certains l'ont vu des dizaines de fois jusqu'à entrer en connivence (pas vrai Le Doc, Cabaret Sainte-Lilith...). Mais, attention, la relation demeure délicate, respectueuse ! On est fans, pas fanatiques.

Et le voici justement cet artiste sincère, au moment du dernier revenez-y, qui enlève le haut, le tee-shirt mouillé de sueur, pour l'envoyer valdinguer dans la foule... C'est la mise à nu de l'homme pudique, à l'image de la forte pochette de l'album, comme au gré de ses textes léoferriens. Ainsi s'achève un moment d'une fragilité incassable en compagnie d'un inclassable " vieux désespoir de la chanson française"...

Pierre Dungen